Et à la Rasude, le béton coulera-t-il?

Le projet immobilier lausannois illustre la lenteur administrative qui prévaut dans notre pays.

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En 2016 fut présentée la première mouture du projet de métamorphose du quartier de la Rasude. Démolition de plusieurs bâtiments, conservation de la façade de deux bâtiments classés, construction de nouveaux grands bâtiments, dont une tour de 17 étages, construction d’un parking souterrain de 600 places, un vaste programme.

Les autorités saluent le projet mais demandent à réduire «un peu» la hauteur des bâtiments. Les places de travail et les emplois manquent cruellement à Lausanne et la Municipalité voit d’un bon œil ce développement immobilier cherchant à attirer les emplois de bureaux. De l’autre côté, la population de Lausanne ne voulant pas de tour à Lausanne s’est organisée et cherche à coups de pétitions et de mouvements citoyens à modifier le projet.

«Le projet nous est vendu à coups d’arbres plantés et de verdure.»

Nous voilà en 2023 et la deuxième mouture du projet nous est présentée. Cette fois-ci, les deux bâtiments en haut de l’avenue de la gare ne sont plus démolis, tout comme le bâtiment «Horizon», le parking est réduit à 190 places. La tour n’aura plus que 15 étages. Le projet nous est vendu à coups d’arbres plantés et de verdure. La mise à l’enquête aura lieu pour le dernier trimestre de cette année au plus tôt, donc vu la vitesse générale du système, sûrement l’année prochaine.

Avec 140’000 experts lausannois en développement immobilier souhaitant voir la Rasude un peu plus comme ceci et un peu moins comme cela et pouvant s’opposer au plan de quartier, on n’est pas près de voir tout ça construit. Le verra-t-on fini en 2035? Ou alors y aura-t-il une troisième version du projet? Comme pour sa malheureuse voisine la gare, est-ce que ce projet correspondra vraiment aux attentes une fois réalisé? Par exemple, verra-t-on des bâtiments avec une structure en bois dans ce quartier?

En effet, le Canton lui-même essaie de promouvoir ce mode de construction plus durable. Dans la capitale vaudoise, même le projet des Plaines-du-Loup, qui se veut durable, reste un magnifique hommage au béton. Pour revenir à la Rasude, est-ce que le bâtiment en bas de l’avenue de la gare construit par Alphonse Laverrière sera finalement rasé? Rénover un bâtiment au lieu de le démolir et de reconstruire du neuf est beaucoup plus vertueux et correspond bien mieux aux valeurs actuelles.

 

Comme à Hambourg

Enfin, ne pourrait-on pas le rehausser de quelques étages de manière créative et en faire un symbole de la ville comme a fait Hambourg avec un vieux silo à grain pour construire l’Elbphilharmonie? Dans tout ça, il y a un problème majeur qui fait peur pour l’avenir de la Suisse. Cette lenteur du processus décisionnelle, typiquement suisse, est valorisée pour sa stabilité sur le long terme mais elle nous cause du tort parce qu’on a maintenant toujours un temps de retard sur la réalité des enjeux actuels. L’urgence climatique ne nous laissera pas le choix: nous devrons revoir certaines pratiques, en politique comme dans la construction, pour aller plus vite et être compatible avec l’objectif de neutralité carbone.